Dimanche dernier, il faisait beau. Je me baladais, tranquille, sans penser à grand chose. C’était agréable…C’est bien le Printemps, finalement. On regarde les petits zozios s’envoler, on admire les beaux arbres en fleurs, on écoute les charmants bambins qui s’ébattent dans la rue, criant de jolis jurons… ça respire le bonheur, la joie de vivre. Et puis, au détour d’une rue, tout s’effondre soudainement. De sales petites bestioles viennent vous tirer de cette délicieuse torpeur. J’ignore si vous les avez vus, vous, ces machins roses, bleus et jaunes sortant d’on ne sait où, insipides, laids à pleurer. Enfin, quand j’écris « d’on ne sait où », je mens un peu, parce que je sais très bien d’où ils sortent. De ces immondes affiches qui s’étalent en ce moment dans la capitale, sur les murs, sur les bus, sur les arrêts de bus. « Pokemon, le film », ça s’appelle. Paraît que c’est un film pour enfants ; les pauvres, c’est fou ce qu’on fait subir aux gosses de nos jours.
Je ne sais pas ce que vaut ce dessin animé, et puis de toute façon je n’irai pas le voir. Non seulement l’affiche du film respire la débilité profonde, mais surtout, elle ose ce que même Disney n’a jamais osé, faire de la promotion directe pour les produits dérivés du film. Ce n’est pas vraiment surprenant, puisque ces produits existaient avant le film, mais c’est quand même révélateur d’un état d’esprit cynico-mercantile peu reluisant, très méprisant. Mépris pour le cinéma, réduit à n’être qu’une énorme publicité d’une heure trente, et mépris pour l’enfant, définitivement rabaissé au rang de consommateur stupide, auquel on livre en pâture des images sans finesse ni poésie, mais qui rempliront parfaitement leur triste objectif : faire que le ch’ti nenfant demande à sa gentille maman : « dis, tu m’achètes un pokemon ? »
C’est là que le titre « Pokemon, le film » prend tout son sens. Au moins, les concepteurs avancent à visage découvert. Le film est un produit dérivé parmi les autres, à l’égal du jeu vidéo, à l’égal de la peluche, de l’album à colorier, du sac à dos, du tee-shirt, du jouet, du Happy Meal Pokemon, et j’en passe et des meilleures. Un produit qu’il faut donc consommer et digérer, sans trop se poser de questions. C’est pratique pour les parents : on met les mômes devant Pokemon, et on a la paix au moins jusqu’à l’adolescence, la marque trouvera de quoi les occuper. Vous allez voir qu’ils vont bientôt nous sortir les clopes Pokemon, voire les capotes Pokemon, histoire de ne pas lâcher si vite des consommateurs acquis et fidélisés depuis leur plus tendre enfance.
C’est assez paradoxal mais il faut bien se rendre à l’évidence : le virtuel a fini par envahir le réel, notre réel. Certains s’en amusent sans doute. Pour ma part, j’aurais préféré pouvoir continuer à me balader peinard le dimanche, sans croiser ces saloperies bariolées. Manquerait plus que Lara Croft vienne me tirer dessus…