Le cinéma américain serait-il en pleine mutation, alors que son homologue français tendrait à lui emboîter le pas dans ses dernières sorties ? D’un côté un nouveau cinéma auteuriste à la Shyamalan, pas désagréable, certes, et de l’autre une revisite des comédies qui ont fait son succès, comme en témoignent les récents Family Man et What women want. Si le premier était un remake un peu palot, sans grande originalité mais plutôt réussi tout de même, le second se pose davantage comme retrouvailles du genre, chorégraphies plaisantes et dialogues léchés au programme.Le titre est trompeur, on ne découvre pas ce que veulent les femmes, mais ce que les femmes pensent qu’elles veulent. C’est d’ailleurs le thème de la scène d’introduction, il ne s’agit pas d’homme à femmes mais d’homme à hommes. Pour résumer, les hommes penseraient que ce que veulent les femmes est ce que les autres hommes aiment chez eux. Que l’on se rassure, on quitte heureusement vite le terrain – vague – de la psychologie pour un autre plus divertissant…
Mel Gibson, publicitaire qui en pose et en impose autrement que nos deux héros de Culture Pub, en fait un peu trop, comme toujours, mais c’est ici ce qu’on lui demande et on le retrouve avec un plaisir certain. On ne le confondra ni avec Cary Grant ni avec Fred Astaire, mais il prend le rôle avec suffisamment de recul et d’humour pour qu’on y voit plus un hommage qu’une transposition pure et dure. Les trop rares scènes musicales sont d’ailleurs particulièrement réussie, même si en choisissant Sinatra comme fil rouge de la bande son, Nancy Meyers ne prenait pas non plus beaucoup de risques… Helen Hunt est aussi une bonne surprise, ni trop féministe (elle aime justement Sinatra) ni trop working girl, encore moins mère au foyer ou top modèle frivole.
Il reste bien sûr des scènes un peu trop faciles et qui exaspèrent : l’énième revisite de la scène d’essayage de Pretty Woman, plutôt réussie néanmoins, la promotion attendue du play-boy, qui nous rappelle la platitude d’un Harcèlement, ou encore la présentation de la pub de Nike, dont on se demande à combien se monte le sponsoring. Dans le genre politiquement correct, on a fait mieux. D’autres qui auraient pu connaître le même sort sont par contre plutôt réussies, comme la scène de l’épilation/mutilation, ou celle de la visite à la sexologue.
La comédie est une bonne surprise, grâce à des acteurs tout simplement bons et un script pour le moins alléchant. Le problème vient finalement des inévitables histoires d’amour. Car - c’est un point positif, il n’y en a pas qu’une - le spectateur n’est pas vraiment transporté par les déboires sentimentaux de cet homme à hommes devenu homme à femmes. On devine Nancy Meyers partagée entre le désir de jouer avec son Mel Gibson, coureur insatiable qui peut soudainement assouvir toutes ses envies, et son problème de le transformer en amant sensible aux désirs des femmes. Ses rencontres ne sont pas vraiment exploitées, entre les retrouvailles avec sa fille, la découverte d’une serveuse transie d’amour et la rencontre avec une jeune préposée au courrier dont les pulsions suicidaires le séduisent. Pour ne blesser aucune d’elle, Gibson se transformera successivement en père attentif, en homosexuel assumé et en patron philanthrope…
Le film finit alors par traîner en longueur, symptôme récurent du cinéma actuel, qu’il soit américain ou européen. Faut il y voir une corrélation avec le succès grandissant des courts et moyens métrages ?
Au final, une comédie bien formatée, comme l’était Family Man, qui évite de s’enfermer dans les pièges classiques des films américanisants, même si elle peine parfois à s’en libérer pleinement... Il ne manque plus que des scénarios un peu plus déjantés et des réalisateurs un peu moins bridés. Bref, que messieurs les producteurs américains quittent leurs téléphones portables pour retourner à leurs gros cigares.